Faux départ et vraies surprises au Panama

Panama CiudadJe quittais le Costa Rica en me disant que j’aimerais bien que ce pays ait été plus grand, afin de pouvoir y passer plus de temps. Hé bien mon souhait s’est d’une manière ou d’une autre réalisé, car j’ai été forcé d’y retourner, et c’est mon vélo qui en a voulu ainsi.

Cela ne faisait que quelques heures que j’étais au Panama, entrant par le tranquille poste frontière de Rio Serreno. Tellement tranquille que les changeurs d’argent, ces types trimbalant une liasse de billets des deux pays voisins ainsi que des dollars américains, boudent l’endroit. Ils laissent le boulot au petit supermarché accroché sur la frontière, ne sachant trop s’il est encore au Costa Rica ou au Panama, où j’ai pu me débarrasser de mes derniers colones.

Un ingénieur avait oublié de prendre le temps de faire de beaux dénivelés sur cette route qui s’élance sans trop réfléchir à flanc de montagne. Je sue, j’ai mal aux jambes et ma roue commence à toucher mon frein. Ma roue est fausse. Pourtant je n’ai pas entendu le craquement caractéristique d’un rayon qui casse. Constat : ce n’est pas le rayon le problème, mais ce qui tient le rayon, dans ma jante de roue. Le pourtour est fissuré, autour d’un rayon plus particulièrement, et des fissures sont visibles sur plusieurs autres. Après tant de réparations sur tout ce qui a rapport à cette roue arrière, c’est la pièce maitresse, la jante, qui flanche.

Roue sur le point de rompreJe suis parti dans cette aventure avec des roues de taille appelée en Amérique du Nord « 700 », sans trop savoir qu’en dehors du Canada, des États-Unis et de l’Europe (ou « 28 » pour ces Allemands), c’est des roues un peu plus petites, les « 26 », que l’on retrouve un peu partout. Je l’ai appris assez rapidement au début du voyage en rencontrant d’autres cyclotouristes. Mais bon, je dois faire avec ce que j’ai et mes roues tiendront la route, que je me disais. Je ne savais pas cependant que les premiers 750 kilomètres sur une route de gravier entre Inuvik et Dawson allaient me contaminer, cherchant sans cesse depuis des petites routes pas toujours facile, et pas toujours gentille avec mon vélo.

Le Costa Rica et la Colombie étant des pays de cyclisme, j’ai eu de la chance, d’une certaine manière. Les vélos de compétition ont des roues de ma taille. Cependant, elles sont généralement pour des pneus un peu plus minces, les miens étant plus larges pour pouvoir prendre les routes de terre. Comme vous avez pu le voir dans ma dernière vidéo, c’est Rodney qui a réussi à me dénicher une jante de roue de bonne taille, alors que je cherchais du côté du Panama et lui du Costa Rica. C’est un homme au grand coeur qui m’a réinvité chez lui pour réparer le tout.

Rodney y familiaLes gardes-frontières étaient bien surpris de me revoir à Rio Serreno. Même la madame du magasin où je devais faire une copie de mon passeport : « Et ton vélo ? » J’explique ce qui s’est passé, on étampe de nouveau mon passeport et me voilà chez Rodney pour réparer tout cela. Et en retournant, les douaniers et même les militaires panaméens s’informent si j’ai réussi à remettre ma roue en ordre.

Malheureusement, cet incident m’a fait manquer une rencontre à Boquete avec Fran et Larry, ceux que l’on voit dans la vidéo « Vagues de terre », avec qui j’ai monté le col Cottonwood au Colorado. Ils terminaient des cours d’espagnol au Panama et je n’ai pu les revoir avant qu’ils partent aux États-Unis.

Cependant, un hôte CouchSurfer m’a invité chez lui à Panama Ciudad. Je m’y suis rendu en quatre grands jours de 145, 138, 137 et 96 kilomètres, dormant chez les pompiers, à côté d’un restaurant, puis dans un camping sur le bord du Pacifique.

L’amabilité des gens d’Amérique Centrale se poursuit au Panama, et Ramses me fait visiter la capitale panaméenne, qui contraste avec ce que j’avais vu avant avec ses grands immeubles et panneaux publicitaires. On sent l’influence états-unienne, qui a duré presque 100 ans, depuis que le pays s’est séparé de la Colombie pour laisser les États-Unis construire le canal, qui fut inauguré en 1914. Le dernier militaire états-unien est parti le 31 décembre 1999, les Panaméens ont repris le contrôle du canal, qui sous les États-Unis priorisaient le militaire sur le commercial. Aujourd’hui, la circulation commerciale (et les profits) se sont multipliés et un troisième lot d’écluses sera inauguré pour le centenaire du canal.

J’aurai passé 10 jours chez Ramses, le temps que je puisse trouver un moyen pour me rendre en Colombie. Le Darién est la zone frontalière entre le Panama et la Colombie ou manque environ 100 kilomètres de route. Certains disent que la zone marécageuse ne permet pas de construire de route, d’autres que la région grouille de narcotrafiquants, FARC et paramilitaires, d’autres qu’il existe encore des tensions entre les deux pays (la Colombie n’a pas reconnu l’indépendance du Panama avant les années 20, en recevant un petit chèque des États-Unis pour les compenser), mais chose certaine, c’est qu’il n’y a pas de route. Un cycliste dans les années 70 l’a traversé et voici une archive trouvée sur YouTube:

Aujourd’hui, les militaires panaméens ne laissent tout simplement pas les gens passer. Un cycliste s’est rendu récemment jusqu’à Yaviza, à la fin de la route, et a dû rebrousser chemin. On ne veut pas que la presse internationale parle du Panama comme un pays qui perd ses touristes dans la jungle.

Quatre options par la mer s’offraient à moi, à part celles impliquant un avion, que je ne voulais pas prendre:

– Premièrement, en passant par le Pacifique, en prenant des petites embarcations le long de la côte jusqu’à Bahia Soleno, en Colombie, et de là, un plus grand bateau jusqu’à Buenaventura. J’ai vraiment considéré cette option, voyant sur certaines cartes qu’il y aurait peut-être une route reliant Bahia Solano. Mais cette route est un projet obscur qui depuis 30 ans n’aboutit pas, mais apparemment en construction en ce moment et qui devrait terminer dans deux ans. En arrivant à Buenaventura, j’arrive ainsi vraiment au sud du pays et rate une bonne partie de la Colombie.

– Deuxièmement, par l’Atlantique, une manière économique est en prenant de petites embarcations à travers les îles de San Blas, jusqu’à la frontière avec la Colombie (une bonne douzaine d’heures, sinon plus). De là, d’autres petites embarcations pour passer d’un côté colombien, dont une pendant quatre heures pour rejoindre Turbo, d’où reprend la route. Si je voyageais en sac à dos, j’aurais probablement considéré cette option. Je me fous un peu de mon confort, mais pas de celui de mon vélo. Des cyclistes ayant choisi cette option m’ont expliqué comment ils étaient stressés par l’état de leur vélo, qui reçoit l’eau salée et mange les coups de l’embarcation à chaque vague. Certains ont du faire des réparations à la fin de la traversée.

– Troisièmement, on peut essayer de se promener dans les marinas à la recherche d’un individu possédant un voilier ou un yacht prêt à faire la traversée. Généralement, il ne vous fera pas le transport gratuit et il faut participer aux dépenses et aux tâches. Voyageant à deux, trois ou quatre personnes, il s’agit d’une bonne option, si la patience est là jusqu’à ce que l’on tombe sur le jackpot, car ça ne revient pas trop cher en divisant les coûts. Mais seul, c’était un peu moins envisageable.

San Blas

– La dernière option était peut-être un peu plus onéreuse, mais pas tant plus si l’on considère le service reçu. Et cela a été une belle surprise. Vraiment. Plusieurs propriétaires de voiliers organisent des voyages de cinq jours amenant des gens, surtout des backpackers, entre le Panama et la Colombie. Il faut magasiner, car la qualité du capitaine et du service font toute la différence, mais je suis tombé sur un excellent. Un couple d’Allemands sont partis il y a plus de 20 ans faire le tour du monde, toujours pas complété, sur leur unique possession : leur voilier. Ils se sont arrêtés quelques années ici pour renflouer les coffres avant de reprendre les vents vers le Pacifique. Superbe voilier bien entretenu. Arrêts pendant trois jours dans les îles San Blas et ses communautés kunas. Repas extraordinaires. Tranquillité d’esprit. Faune et flore aquatique surprenante. La dernière minute de ma vidéo en donne une rapide impression. Cela a été une expérience unique, distincte de tout ce que j’ai fait et ferai dans ce périple à vélo, et qui restera gravé dans ma mémoire. Je ne regrette pas du tout, même si j’ai appris que je n’ai pas tant le pied marin avec les nausées qui m’ont frappé au début, mais qui heureusement se sont tassées.

En arrivant sur la terre ferme sur le quai à Cartagena, je me suis senti heureux et excité de commencer une nouvelle étape : l’Amérique du Sud, avec droit devant, dans quelques centaines de kilomètres, ces mastodontes que sont les Andes et qui feront partie du décor pour plusieurs mois, jusqu’en Patagonie !

 

2 réflexions au sujet de « Faux départ et vraies surprises au Panama »

  1. 1er octobre 2013
    Allo.
    Comme tu peux voir, je suis très en retard dans la découverte de tes péripéties.
    Je viens juste d’apprendre comment tu as traversé de Panama en Colombie. C’est toujours un problème. Belle aventure que la tienne!
    Moi, en moto en 1990, j’ai fait la traversée sur un bateau immense qui transportait des frigos et des poêles et autres équipements en catimini. Nous avons accosté de nuit, toutes lumières éteintes, dans un port minuscule qui s’appelle Portete, tout près de la frontière avec le Venezuela. Une traversée qui a pris 4 jours et m’a coûté seulement 200.$US. J’ai aussi été malade mais on m’a bien soignée.
    Je continue à te lire. C’est passionnant!
    Nicole

  2. Bonjour !

    Je ne comprends pas la différence entre l’option 2 et la tienne. Au final, tu n’as pas eu de problèmes avec l’eau salée et les acoups sur le bateau? Où mettais-tu le vélo durant la traversée? Dans la cabine? As-tu encore l’adresse de ce Monsieur? Comment s’appelait le port où tu as trouvé ce couple d’Allemands?

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