{"id":3643,"date":"2013-08-19T22:22:38","date_gmt":"2013-08-19T22:22:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/?p=3643"},"modified":"2013-08-29T01:57:18","modified_gmt":"2013-08-29T01:57:18","slug":"chroniques-peruviennes-2-extremes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/en\/2013\/08\/chroniques-peruviennes-2-extremes\/","title":{"rendered":"Chroniques p\u00e9ruviennes (2)\u00a0: Extr\u00eames"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4953.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-3644\" alt=\"Chuquicara\" src=\"http:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4953-1024x768.jpg\" width=\"584\" height=\"438\" srcset=\"https:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4953-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4953-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4953-400x300.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 584px) 100vw, 584px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Quand l&rsquo;app\u00e9tit va, tout va<\/strong><\/p>\n<p>Ou presque. Je quittais la r\u00e9gion de Cajamarca, terminant par sa capitale homonyme (qui ne m&rsquo;a pas r\u00e9concili\u00e9 avec les villes p\u00e9ruviennes) avec enfin le sentiment que mon intestin reprenait le contr\u00f4le de lui-m\u00eame. Je ne parlerai pas de ma merde beaucoup plus longtemps, mais juste pour dire que l&rsquo;on appr\u00e9cie beaucoup plus la vie et ce qu&rsquo;il y a autour lorsque l&rsquo;on peut cesser de penser \u00e0 ce que l&rsquo;on a dans le ventre. Pouss\u00e9 dans cet \u00e9lan de nouvelle \u00e9nergie, aid\u00e9 par un vent favorable, une route bien asphalt\u00e9e et deux courtes vall\u00e9es, j&rsquo;accomplis 125 kilom\u00e8tres cette journ\u00e9e-l\u00e0, m&rsquo;amenant tout pr\u00e8s de la r\u00e9gion de La Libertad. Cela compensera les journ\u00e9es o\u00f9 j&rsquo;en ferai 25 ou 40 dans les prochains jours\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Raccourci minier, labyrinthe impr\u00e9visible<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9gion de La Libertad est une r\u00e9gion principalement c\u00f4ti\u00e8re, avec une petite partie dans la sierra, coinc\u00e9e entre les r\u00e9gions de Cajamarca et Ancash. Compar\u00e9 \u00e0 ses deux voisines montagneuses, <!--more-->il semble que l&rsquo;administration semble un peu n\u00e9gliger les infrastructures de sa partie haute, m\u00eame si traverser Huamachuco m&rsquo;a permis de r\u00e9aliser que ce n&rsquo;est pas une si petite ville. C&rsquo;\u00e9tait fiesta l\u00e0-bas, donc bien fait de ne pas passer la nuit l\u00e0 si je veux r\u00e9ellement dormir, mais j&rsquo;ai pu assister en apr\u00e8s-midi \u00e0 une esp\u00e8ce de reconstitution historique de l&rsquo;histoire de la r\u00e9gion, en musique et en danse. J&rsquo;ai repris la route jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;intersection d&rsquo;une route mini\u00e8re qui m&rsquo;\u00e9vitera de nombreux kilom\u00e8tres, et plus important, de monter tr\u00e8s haut.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0route principale\u00a0\u00bb, qui peu apr\u00e8s l&rsquo;endroit o\u00f9 je l&rsquo;ai quitt\u00e9e cesse d&rsquo;\u00eatre pav\u00e9e, fait plusieurs viraillages et monte \u00e0 plus de 3 000 m\u00e8tres. Il y a moyen de couper, et de rester entre les 2 000 et 3 000 m\u00e8tres, en s&rsquo;aventurant sur des petites routes bien tranquilles, menant \u00e0 divers projets miniers. Bien s\u00fbr, pas de signalisation, pas toujours de pont, mais une route m\u00e8ne toujours quelque part et m&rsquo;am\u00e8nera \u00e9ventuellement \u00e0 destination\u2009! Et m\u00eame si ce n&rsquo;est pas la route la plus occup\u00e9e, il y a toujours quelqu&rsquo;un qui appara\u00eet quelque part qui peut donner des d\u00e9tails sur la route \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;orage, la gr\u00eale, le vent et le froid p\u00e9n\u00e9trant arrivent.<\/p>\n<p>Pas une maison en vue. Pas le choix, je dois continuer \u00e0 avancer dans ces conditions. Si j&rsquo;arr\u00eate, je g\u00e8le, je suis encore plus d\u00e9tremp\u00e9 et\u2026 je ne vais nulle part sur ce col que je monte et dont je cherche impatiemment la descente. Je ne sais pas pourquoi je l&rsquo;esp\u00e9rais, car je me retrouve \u00e0 freiner avec mes mains qui ne savent plus trop si elles ont froid, dans une boue qui m&rsquo;arrose jusqu&rsquo;aux genoux. Bien bas, je vois ce toit rouge. C&rsquo;est encore loin, je ne descends pas vite, mais me garde motiv\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est une \u00e9cole. \u00c9trange lieu, alors que je ne vois aucune maison aux alentours. Je m&rsquo;abrite sous la toiture, descends de mon v\u00e9lo et sautille de tremblements d&rsquo;une porte \u00e0 l&rsquo;autre. Le dernier b\u00e2timent n&rsquo;est pas verrouill\u00e9, et me retrouve dans ce qui peut servir de cuisine. Je retourne chercher mon v\u00e9lo et garde le focus pour traiter en priorit\u00e9 mon d\u00e9but d&rsquo;hypothermie. Lentement, mais surement, je me retrouve en v\u00eatements secs, dans mon sac de couchage, sirotant un th\u00e9 ti\u00e8de. L&rsquo;apr\u00e8s-midi est d\u00e9j\u00e0 bien avanc\u00e9e et il ne m&rsquo;en faut pas trop pour me convaincre que je n&rsquo;irai pas plus loin aujourd&rsquo;hui.\u00a0Bien que le lendemain soit un lundi, personne n&rsquo;est venu pousser la porte contre laquelle j&rsquo;avais plac\u00e9 mon v\u00e9lo en \u00e9quilibre en guise de syst\u00e8me d&rsquo;alarme. Que se passe-t-il\u2009? Il y a quelque chose d&rsquo;\u00e9trange ici\u2026<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas de bruit. Je glisse un oeil par la fen\u00eatre. Le ciel est sans nuages. Deux vigognes broutent un peu plus bas\u2026 et c&rsquo;est tout. La vue est sublime. Haut plac\u00e9 sur les montagnes environnantes, je distingue une mine, mais elle est tellement loin que le bruit ne parvient pas \u00e0 mes oreilles. Il y avait longtemps que je n&rsquo;avais pas dormi paisiblement ainsi\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Du froid au chaleureux<\/strong><\/p>\n<p>Un conducteur de camion s&rsquo;arr\u00eate et me donne du pain avec de la confiture. Plus bas, un agriculteur tient \u00e0 partager le repas du midi en ma compagnie. J&rsquo;arrive sur la \u00ab\u00a0route principale\u00a0\u00bb, qui n&rsquo;est pas tant diff\u00e9rente en qualit\u00e9 des routes sur lesquelles j&rsquo;\u00e9tais et continue mon chemin et descends, et descends.<\/p>\n<p>On m&rsquo;a fait savoir qu&rsquo;au bord de la rivi\u00e8re se cachait une famille ayant h\u00f4tel\u2026 et source thermale. Je ne reste longtemps \u00e0 Mollepata et dans le d\u00e9but de noirceur, descends les lacets qui s&rsquo;agrippent sur l&rsquo;abrupt escarpement amenant vers le fond de la vall\u00e9e de la rivi\u00e8re Chuquicara, qui d\u00e9limite les r\u00e9gions de La Libertad et Ancash. Apr\u00e8s ce froid que ressenti derni\u00e8rement, rien de mieux que d&rsquo;aller s&rsquo;assoir dans un bain d&rsquo;eau chaude, \u00e0 regarder les \u00e9toiles et le petit croissant de lune.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai fait 25 kilom\u00e8tres le lendemain, non pas car j&rsquo;ai procrastin\u00e9 dans les sources d&rsquo;eau chaude, mais, car au lieu de remonter la vall\u00e9e sur la route principale vers Pallasca, je tente ma chance sur une route (\u2026 non, on ne peut pas appeler cela une route), qui suit en descendant la rivi\u00e8re et am\u00e8ne sur la route principale qui redescend un peu plus loin. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas la meilleure id\u00e9e, il sera possible de voir cela dans une vid\u00e9o \u00e0 venir, mais je reviens dans la civilisation, ext\u00e9nu\u00e9, et j&rsquo;ai \u00e0 peine le temps d&rsquo;arriver \u00e0 l&rsquo;asphalte qu&rsquo;une femme me voyant surgir de ce sentier m&rsquo;invite \u00e0 sa maison. Son mari reconstruit la maison et la pr\u00e9pare pour \u00ab\u00a0la venue de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 Sacaycacha, dont il me parle avec p\u00e9tillement dans les yeux. En esp\u00e9rant pour lui que ce ne soit pas de fausses promesses \u00e9lectorales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Petits dans ce monde<\/strong><\/p>\n<p>Les Andes me dominent dans cette vall\u00e9e, les sommets rocailleux et rouge\u00e2tres me regardent passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette rivi\u00e8re rugissante, sur une mince route sculpt\u00e9e dans la falaise, quelques cactus me disant bonjour. J&rsquo;arrive \u00e0 l&rsquo;intersection avec la rivi\u00e8re Santa, pour suivre une autre route que je vais monter cette fois-ci. Je suis dans un autre monde, dans une esp\u00e8ce de d\u00e9sert, la poussi\u00e8re roule, le soleil tape, je me sens dans un Far West latino dans ce village qui sert de halte au trafic venant de la c\u00f4te. Lentement, sur la route rocailleuse, je passe des villages paraissant inhabit\u00e9s, la rivi\u00e8re p\u00e9n\u00e9tre dans un canyon, m&rsquo;amenant \u00e0 travers des tunnels obscurs et \u00e9troits, me laissant \u00e9chapper des \u00ab\u00a0wow\u00a0\u00bb en y ressortant, me sentant bien petit dans cette immensit\u00e9.<\/p>\n<p>Alors que j&rsquo;\u00e9tais arr\u00eat\u00e9 pour nettoyer ma cha\u00eene et regonfler mes pneus \u00e0 la sortie d&rsquo;un tunnel qui ramenait du m\u00eame coup l&rsquo;asphalte pour les prochains jours, un cycliste fran\u00e7ais arrive en sens inverse. Alors que je discutais avec lui et \u00e9changeais mes cartes de l&rsquo;\u00c9quateur contre son reste de monnaie du Chili et de l&rsquo;Argentine, Adrian, un cycliste suisse-allemand, qui apparemment me suivant depuis quelques jours, m&rsquo;a rattrap\u00e9. Nous sommes all\u00e9s \u00e0 Caraz ensemble cette journ\u00e9e-l\u00e0. La ville\u00a0m&rsquo;a surpris, apr\u00e8s cette semaine recul\u00e9e : belles voitures, v\u00eatements derni\u00e8re mode, lunettes soleils, wifi, restaurants aux menus vari\u00e9s. Cela contraste avec les\u00a0voitures d\u00e9glingu\u00e9es par les routes de terre, les\u00a0habits et chapeaux traditionnels et le restaurant obscur du coin qui ont caract\u00e9ris\u00e9 mes derniers jours.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais fait 7 jours de route continus, et nous profitons d&rsquo;une journ\u00e9e de cong\u00e9 pour nous rendre \u00e0 la Laguna del Parron. Nous avons mont\u00e9 les v\u00e9los sans bagages sur un minibus qui nous a amen\u00e9 \u00e0 la moiti\u00e9 du chemin, nous laissant quinze kilom\u00e8tres de mont\u00e9e rocailleuse vers ce lac turquoise \u00e0 4 200 m\u00e8tres entour\u00e9 de glaciers. Nous sommes dans la Cordillera Blanca, la Cordilli\u00e8re blanche, surmont\u00e9s par les plus hautes montagnes p\u00e9ruviennes aux sommets enneig\u00e9s.<\/p>\n<p>Minuscules. Nous sommes minuscules.<\/p>\n<p>Comme journ\u00e9e de repos, on se reprendra. La descente a \u00e9t\u00e9 quasiment plus difficile que la mont\u00e9e. Nous reprenons tout de m\u00eame la route le lendemain. L&rsquo;ambiance est diff\u00e9rente dans cette vall\u00e9e. On dirait que chaque village f\u00eate quelque chose. R\u00e9gion plus touristique (pour que ce que j&rsquo;ai vu jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant), on est plus habitu\u00e9 de voir l&rsquo;\u00e9tranger, les cris de \u00ab\u00a0gringos\u00a0\u00bb fusent moins. Nous arrivons \u00e0 la ville principale de la r\u00e9gion, Huaraz, o\u00f9 nous rencontrons des randonneurs qui nous recommandent l&rsquo;excellente Santiago&rsquo;s House, o\u00f9 nous rencontrons deux autres cyclistes <a href=\"http:\/\/www.wishfish.org\/\" target=\"_blank\">Anna<\/a> et <a href=\"http:\/\/www.whileoutriding.com\/\" target=\"_blank\">Cass<\/a>, en mode \u00ab\u00a0on fait du cyclotourisme dans les plus petites routes possibles\u00a0\u00bb. Et \u00ab\u00a0route\u00a0\u00bb est un bien grand mot. Adrian continue sa route vers Lima, alors que moi, je profite de la grande ville pour me pr\u00e9parer pour l&rsquo;altitude qui s&rsquo;en vient pour le prochain mois; rarement je serai sous les 3 000 m\u00e8tres. Bas chauds, gants, nouveaux sous-v\u00eatements, nouveau pantalon pour faire du v\u00e9lo (pour remplacer l&rsquo;autre qui est devenu trop grand, mes parasites m&rsquo;ayant fait perdre ce qu&rsquo;il me restait de gras de fesses) et feuilles de coca, me voil\u00e0 pr\u00eat et repos\u00e9 pour la longue route montagneuse qui m&rsquo;am\u00e8nera \u00e0 Cuzco.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4962.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-3645\" alt=\"Sayascacha\" src=\"http:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4962-1024x768.jpg\" width=\"584\" height=\"438\" srcset=\"https:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4962-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4962-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4962-400x300.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 584px) 100vw, 584px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand l&rsquo;app\u00e9tit va, tout va Ou presque. 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