{"id":3632,"date":"2013-08-19T02:09:33","date_gmt":"2013-08-19T02:09:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/?p=3632"},"modified":"2013-08-19T04:12:49","modified_gmt":"2013-08-19T04:12:49","slug":"chroniques-peruviennes-1-perspectives","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/en\/2013\/08\/chroniques-peruviennes-1-perspectives\/","title":{"rendered":"Chroniques p\u00e9ruviennes (1)\u00a0: Perspectives"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4858.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-3633\" alt=\"Chota\" src=\"http:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4858-e1376877436347-768x1024.jpg\" width=\"584\" height=\"778\" srcset=\"https:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4858-e1376877436347-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4858-e1376877436347-225x300.jpg 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 584px) 100vw, 584px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Les jouets<\/strong><\/p>\n<p>Peut-\u00eatre que cela paraissait un peu \u00e0 la fin <a title=\"Vid\u00e9o : Pas plus vite que les montagnes\" href=\"http:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/en\/2013\/08\/video-pas-plus-vite-que-les-montagnes\/\" target=\"_blank\">du vid\u00e9o sur l&rsquo;\u00c9quateur<\/a>, mais je n&rsquo;\u00e9tais pas dans ma meilleure forme. Des petits parasites ont pris possession de mon intestin. J&rsquo;avais des pilules contre cela, mais tout de m\u00eame, \u00e7a travaillait. Je me suis donc arr\u00eat\u00e9 pour une petite journ\u00e9e de cong\u00e9 dans le premier village p\u00e9ruvien qui pouvait m&rsquo;offrir un lit.<\/p>\n<p>Par hasard, je m&rsquo;arr\u00eatais sur un jour f\u00e9ri\u00e9. \u00ab\u00a0Le Jour de la Nation\u00a0\u00bb. \u00c0 la t\u00e9l\u00e9vision, l&rsquo;arm\u00e9e, la police et d&rsquo;autres groupes civils d\u00e9filaient dans les rues de la capitale sous l&rsquo;oeil du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. On montrait avec fiert\u00e9 les nouveaux jouets de guerre, acquis \u00e0 co\u00fbt de millions. Je marche dans les rues de Namballe vers la place centrale pour voir si le signal Internet est revenu au cybercaf\u00e9 (sans succ\u00e8s) et j&rsquo;entends en bruit de fond cette interminable fanfare militaire sortir des t\u00e9l\u00e9viseurs voisins.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;attriste de voir l&rsquo;excitation et le bonheur<!--more--> des personnes interview\u00e9es devant ces machines de guerre alors que dans le pays dans lequel je navigue ces premiers jours p\u00e9ruviens, on construit des maisons avec des briques de boue et de paille que l&rsquo;on fait s\u00e9cher sur le bord de la route, le rythme des commerces fluctue selon les p\u00e9riodes o\u00f9 l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 est disponible (si \u00e0 la base, il y a de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9), on mange le sempiternel poulet-riz et dans les petits villages, les toilettes sont des latrines ext\u00e9rieures install\u00e9es par la coop\u00e9ration internationale.<\/p>\n<p>J&rsquo;arrive \u00e0 Jaen, la \u00ab\u00a0grande\u00a0\u00bb ville du nord de la r\u00e9gion de Cajamarca. Pas beaucoup de voitures, mais des centaines de motos-taxis, une moto \u00e0 laquelle on a install\u00e9 une cabine derri\u00e8re avec un banc. Cela enl\u00e8ve toute utilit\u00e9 aux r\u00e9troviseurs, et on ne parlera pas des angles morts (concepts inconnus). De toute fa\u00e7on, peu importe, ici, on klaxonne. Pour avertir qu&rsquo;on est l\u00e0, pour saluer, pour tourner, pour croiser quelqu&rsquo;un, pour faire chier\u2026 De plus, on me regarde comme si je venais d&rsquo;une autre plan\u00e8te, des t\u00eates sortent des cabines des motos-taxis, beuglant \u00ab\u00a0gringo\u00a0\u00bb, les enfants me pointent du doigt en tirant la jupe de leur m\u00e8re en criant \u00ab\u00a0regarde le gringo\u2009!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c7a ne donne pas envie de s&rsquo;arr\u00eater ici.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le diable<\/strong><\/p>\n<p>Les routes du P\u00e9rou sont moins abruptes qu&rsquo;en \u00c9quateur, longeant de profondes vall\u00e9es donnant un paysage spectaculaire et s&rsquo;\u00e9ternisant dans de nombreux lacets pour monter les cols. Les mont\u00e9es sont longues mais sont moins \u00e9puisantes. Un jour, \u00e0 quelques occasions, un adolescent m&rsquo;accompagne. Il retourne chez lui en v\u00e9lo au village voisin. Nous \u00e9changeons quelques mots. La discussion est parfois longue \u00e0 commencer. Je lui demande ce qu&rsquo;il fait, s&rsquo;il va \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole (c&rsquo;est les vacances), ou ce qu&rsquo;il veut faire plus tard (joueur de soccer). L&rsquo;un d&rsquo;eux est un peu plus curieux et me demande si je n&rsquo;ai pas peur de voyager ainsi seul sans savoir o\u00f9 je vais dormir le soir.<br \/>\n\u2014 Car le Diable, il peut surgir, qu&rsquo;il me dit.<br \/>\n\u2014 \u2026<br \/>\n\u2014 Mais ces choses-l\u00e0, \u00e7a n&rsquo;existe pas vraiment\u2009? me dit-il, mi-question, mi-affirmation.<br \/>\nIl attendait une r\u00e9ponse. Je n&rsquo;ai aucune id\u00e9e dans quelles conditions cet enfant a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9. Je n&rsquo;ai pas envie de lui p\u00e9ter sa bulle de croyances. \u00ab\u00a0C&rsquo;est s\u00fbr que si tu y crois et que tu le cherches, tu vas le trouver\u00a0\u00bb. Je ne savais que dire de plus, et heureusement, il arrivait \u00e0 destination.<\/p>\n<p>Ce soir-l\u00e0, je pensais arriver \u00e0 Cutervo. J&rsquo;ai mont\u00e9 pendant une quarantaine de kilom\u00e8tres et apr\u00e8s une descente, une autre mont\u00e9e m&rsquo;a surpris. Je n&rsquo;y arriverai pas avant le coucher du soleil. Je serpentais \u00e0 travers la campagne montagneuse, passant devant des maisons qui semblaient inoccup\u00e9es. Pas de for\u00eats o\u00f9 je pourrais dormir cach\u00e9. Des lampadaires (que je n&rsquo;aurai jamais vu allum\u00e9s) me signalaient que je devais approcher de la ville, mais mes jambes (ou le moral) n&rsquo;en pouvaient plus. Finalement, je rep\u00e8re une maison o\u00f9 grouille la vie, avec un peu plus haut un endroit parfait pour mettre ma tente. Je descends \u00e0 la maison demander permission et toute la famille entre dans la maison et claque la porte. Je dis \u00ab\u00a0bonsoir, je veux simplement savoir si je peux dormir l\u00e0-haut, le soleil est couch\u00e9 et ne peut arriver avant la noirceur \u00e0 Cutervo.\u00a0\u00bb Pas de r\u00e9ponse. Ils m&rsquo;entendent tr\u00e8s bien, de la boue et de la paille, avec une fen\u00eatre simple \u00e9paisseur, ce n&rsquo;est pas si insonorisant. Apr\u00e8s plusieurs tentatives pour leur parler, je remonte \u00e0 mon v\u00e9lo et regarde comment je peux m&rsquo;installer sans d\u00e9ranger. Et je n&rsquo;ai presque plus d&rsquo;eau. Et maintenant il fait noir pour de vrai. Je redescends et demande \u00e0 qui veut bien l&rsquo;entendre si je peux remplir ma bouteille d&rsquo;eau du robinet ext\u00e9rieur, puis je m&rsquo;ex\u00e9cute. Je r\u00e9p\u00e8te que je voyage \u00e0 v\u00e9lo et que je ne peux me rendre \u00e0 Cutervo, que je vais dormir l\u00e0-haut sans d\u00e9ranger et que je partirai au soleil levant. Finalement, un homme sort de la maison. Je dois avoir deux t\u00eates de plus que lui. Timide, les yeux ronds, apr\u00e8s plusieurs tergiversations, il me dit que ce n&rsquo;est pas son terrain l\u00e0-haut et que le propri\u00e9taire vit bien loin. Je le remercie, ne lui en demande pas plus, installe mon tapis de sol sur un banc sous le toit ext\u00e9rieur de la grange l\u00e0-haut et m&rsquo;endors, en me demandant s&rsquo;ils croyaient que c&rsquo;\u00e9tait le diable qui arrivait chez eux.<\/p>\n<p>Les effets du traitement n&rsquo;auront pas dur\u00e9. Je continue le jour suivant, \u00e9tant surpris pas de violentes crampes intermittentes au bas-ventre. Le lendemain, une charmante pharmacienne me recommandera le traitement ad\u00e9quat.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le choc<\/strong><\/p>\n<p>Le choc culturel. Voil\u00e0, apr\u00e8s treize mois et apr\u00e8s avoir travers\u00e9 onze pays, je suis atteint du choc culturel.<\/p>\n<p>J&rsquo;en ai marre. J&rsquo;en ai marre de ces klaxons. J&rsquo;en ai marre de ces \u00ab\u00a0gringos\u00a0\u00bb beugl\u00e9s dans ma direction. J&rsquo;en ai marre de ceux qui s&rsquo;arr\u00eatent pour vider leurs ordures dans la rivi\u00e8re. J&rsquo;en ai marre de ces machos qui sifflent la serveuse du restaurant. J&rsquo;en ai marre de ces ivrognes qui montent leur moto avec deux passagers, pas de casque bien s\u00fbr. J&rsquo;en ai marre de ceux qui parlent de moi comme si je ne les entendais pas. J&rsquo;en ai marre de manger du riz. J&rsquo;en ai marre de voir des femmes d\u00e9sabus\u00e9es, les yeux vides, tra\u00eenant leur bruyante marmaille. J&rsquo;en ai marre\u00a0de ces hommes qui gueulent \u00e0 cinq heures du matin.<\/p>\n<p>Mon syst\u00e8me digestif en feu m&rsquo;\u00e9puise et met \u00e0 bout ma patience et ma tol\u00e9rance. \u00c0 ceux qui me crient \u00ab\u00a0gringo \u00bb je leur crie \u00ab\u00a0latino\u00a0\u00bb. Aux chiens qui me pourchassent, qu&rsquo;avant j&rsquo;ignorais, mais qui parfois ici mordent mes bagages arri\u00e8res, je leur lance des roches ou utilise le poivre de Cayenne qu&rsquo;un homme m&rsquo;avait donn\u00e9 au nord du Canada, me r\u00e9galant \u00e0 les voir s&rsquo;arr\u00eater et \u00e9ternuer. Je d\u00e9visage avec autant d&rsquo;ardeur qu&rsquo;eux les enfants qui me fixent.<\/p>\n<p>Je ne vois pas. Je ne vois pas cette famille qui m&rsquo;a gentiment laiss\u00e9 dormir derri\u00e8re leur restaurant. Je ne vois pas le soleil couchant dans la vall\u00e9e, les lueurs orang\u00e9es me f\u00e9licitant de la journ\u00e9e accomplie. Je ne vois pas la cuisini\u00e8re qui m&rsquo;a offert un peu plus de nourriture que le voisin \u00e0 l&rsquo;almuerzo du jour. Je ne vois pas cet enfant qui m&rsquo;a poliment salu\u00e9 et souhait\u00e9 une bonne journ\u00e9e. Je ne vois pas ce propri\u00e9taire de station-service demander \u00e0 son gardien de nuit de s&rsquo;assurer que tout va bien alors que je dors dans la remise. Je ne vois pas ce travailleur qui ne se pr\u00e9occupe pas de demander l&rsquo;autorisation de son sup\u00e9rieur et me laisse dormir dans le camp minier.<\/p>\n<p>Le choc culturel peut arriver \u00e0 n&rsquo;importe qui, n&rsquo;importe quand. Souvent, on ne le remarque m\u00eame pas, on ne fera que ha\u00efr tout ce qu&rsquo;il y a autour de nous. Le P\u00e9rou est grand. Ce sera long, si je n&rsquo;ouvre pas mieux les yeux.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4850.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-3634\" alt=\"El Tumi\" src=\"http:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4850-1024x768.jpg\" width=\"584\" height=\"438\" srcset=\"https:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4850-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4850-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.cycloexpeditionamericas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/IMG_4850-400x300.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 584px) 100vw, 584px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les jouets Peut-\u00eatre que cela paraissait un peu \u00e0 la fin du vid\u00e9o sur l&rsquo;\u00c9quateur, mais je n&rsquo;\u00e9tais pas dans ma meilleure forme. 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